Notre histoire
2016 – 2018 : réflexions sur la justice sociale
En 2016, soit un an après la mise en circulation de la doume sur le territoire, un groupe d’étudiants choisit de travailler sur la possibilité d’un partenariat entre la doume et le Secours Catholique (de Thiers, Ambert et Courpière) afin de rendre accessibles des produits de qualité aux bénéficiaires de l’aide alimentaire. Ce choix est fait après la lecture d’un rapport précédent qui constatait que la monnaie locale touchait majoritairement un public aisé. Pour nous ADML63, participer à ce questionnement nous permettait de poursuivre un de nos objectifs qui est de « s’attacher à mettre la qualité à portée de tous ».
2019 – 2020 : le bonus social
Ces réflexions ont conduit à la mise en place, en 2019 et 2020, d’un bonus social à la conversion en doumes. Grâce à un financement du Fonds pour le Développement de la Vie Associative (FDVA), nos adhérent×es en situation de précarité avaient une bonification de 50% de leur conversion. De nouvelles personnes en situation de précarité étaient identifiées grâce à des partenariats avec d’autres structures (tiers-lieu étudiant, cantine solidaire pour chômeurs et précaires, Mission Locale). Ils et elles achetaient 1,5 doumes avec 1€, alors que la valeur réelle d’1 doume correspond à 1€.
Le bonus social a pris fin, mais l’envie de rendre les produits de qualité accessibles à toutes et tous a perduré. L’élaboration de Soli’doume s’est appuyée sur la prise en compte des limites de cette expérience. La première est sa dépendance aux subventions qui lui a donné une fin prématurée ; la deuxième est le non-recours fréquent des montants obtenus via le bonus social par les personnes qui n’ont pas l’habitude de consommer local.
2020 – 2023 : Soli’doume
Ces deux limites du bonus social nous ont amenés à mettre en place une redistribution mutualiste dans un projet qui intègre un accompagnement des transitions de comportement alimentaire. Certains de nos membres découvrent alors les travaux de Bernard Friot sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation et se mettent en lien avec le collectif national pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation. Des discussions ont lieu au même moment avec le CISCA, colocataire de la Doume au 96 boulevard Lavoisier. C’est le CISCA qui nous a mis en lien avec le Cresna, une association qui organise des ateliers de changement de comportement alimentaire. Emerge alors un projet de SSA à trois têtes : le CISCA devait assurer la co-construction démocratique du dispositif avec les différents partenaires et les personnes concernées ; le Cresna devait animer des ateliers de cuisine afin d’accompagner le changement de comportement alimentaire des principaux bénéficiaires ; et enfin nous, ADML63, devions mettre en place le dispositif de redistribution.
Aussitôt dit aussitôt fait : en 2021, notre membre du collectif de la doume à l’origine du logiciel de gestion des monnaies locales Kohinos y ajoute un module de redistribution. Ce module est ensuite présenté aux Rencontres nationales des monnaies locales et des collectivités territoriales organisées à Lyon par le Mouvement Sol et le RTES (Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire). A ce moment précis, Soli’doume est unique en France : c’est la toute première expérimentation de Sécurité Sociale de l’Alimentation portée par une monnaie locale. Depuis, grâce à une forte présence dans les évènements inter-associatifs à l’échelle nationale, l’idée a essaimé et plusieurs autres associations de monnaies locales ont lancé leur dispositif de redistribution. Un exemple parlant est la Cagnole dans l’Yonne, qui est d’ailleurs la première à avoir mis en place le « double-filtre ». Ce programme permet, au moment de la redistribution, de distinguer les cagnoles et les soli’cagnoles afin que l’argent issu de la redistribution soit exclusivement utilisé pour des achats alimentaires. Ce n’est pas le cas avec Soli’doume puisque la monnaie redistribuée se retrouve sur le compte en doume « classique » : on peut donc s’offrir une nouvelle coupe de cheveux grâce à la SSA ! Ceci dit, 86% des échanges en doume entre 2015 et 2023 ont servi à des achats alimentaires, ce qui veut dire que Soli’doume a un impact avant tout sur les circuits courts de l’alimentation.

Soli’doume a été lancée officiellement en avril 2022 à LieU’topie, un tiers-lieu étudiant de lutte contre la précarité et l’exclusion dont deux des thématiques sont l’alimentation saine et l’agriculture locale et bio. Au cours de l’année 2022, nous sommes passés de 12 à 26 Soli’doumien⸱nes et plusieurs ateliers de cuisine ont été mis en place par le Cresna. En avril 2023 et en 2024 nous avons fêté le « Mois Soli’doume » grâce à la motivation de professionnels prestataires de la doume. Pendant tout le mois d’avril, 1 ou 2€ étaient reversés à la caisse Soli’doume lors de l’achat de certains produits (la pizza Soli’doume d’Oncle Héraclite, le kit à cookies de la Boulangerie moderne, l’Anjaliac de la fromagerie Nivesse). Cependant, les relations avec le Cresna se compliquent et cette association finit par se retirer du projet en emportant avec elle la communication autour de Soli’doume qui est renommée « Soli’dôme »… Ce couac ne met pas fin à l’expérimentation Soli’doume en elle-même qui, même si nous étions un peu fatigués par ce conflit, continue à faire vivre la SSA pour la quarantaine de personnes qui y participent.
2024 – 2025 : Vers une Sécurité Sociale de l’Alimentation dans le Puy-de-Dôme
Le dernier volet du projet, la co-construction par le CISCA, nous a amenés à penser la diffusion du projet de SSA au-delà de notre propre réseau et de notre champ d’action très lié à l’association de monnaie locale. Le projet de SSA, bien que porté par Soli’doume à l’échelle du Puy-de-Dôme, ne pouvait plus grandir sans une mise en relation avec les acteurs de l’agricole et de l’alimentaire qu’ils soient professionnels, associatifs ou institutionnels. Le CISCA a donc organisé une première journée de présentation de la SSA le 2 juillet 2024 sur le campus des Cézeaux à Aubière. Près de 100 personnes se sont réunies pour réfléchir ensemble et s’approprier divers enjeux : la forme de la démocratie, la composition du réseau d’acteurs, la place de la monnaie locale, la prise en compte des urgences socio-écologiques, le rôle des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) du territoire, les changements de comportement alimentaire nécessaire, et les modèles agricoles compatibles avec le projet. Par la suite, d’autres temps de réunion ont eu lieu et l’association pour une Sécurité Sociale de l’Alimentation dans le Puy-de-Dôme (SSA63) a pris son envol en avril 2025. Nous y côtoyons d’autres initiatives qui rendent accessible une alimentation de qualité afin de s’organiser autour de projets et de plaidoyers politiques communs.
De son côté, Soli’doume cherche à se réunir plus régulièrement autour de trois envies :
- Organiser des visites de professionnel⸱les de l’agriculture et de l’alimentation afin d’apprendre les enjeux de ce secteur et d’inclure de nouveaux prestataires dans le réseau ;
- S’enrichir lors de temps d’apprentissages autour de la SSA, du droit à l’alimentation et des enjeux de l’agriculture et de l’alimentation ;
- S’agrandir en élargissant le réseau de prestataires et de Soli’doumien×nes à de nouveaux publics et aux territoires ruraux encore trop peu représentés dans le réseau de la doume. De plus, nous souhaitons promouvoir l’utilisation de la monnaie locale pour les autres initiatives de SSA dans le département.
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